Lutter contre la faim n'est plus une science

Plus de 500 ministres et diplomates du monde entier étaient parmi les invités d'un somptueux repas organisé au cours d'une réunion qui s’est tenue à Nairobi le 19 février 2013.

Au menu de ce dîner composé de 5 plats, il y avait des lentilles jaunes  communément appelées dal, du  maïs doux grillé et une variété de légumes y compris des haricots verts. Seulement cette fois, le repas était différent,  il était en effet composé d'ingrédients rejetés par divers supermarchés britanniques car n’étant pas suffisamment « beaux ».

Tristram Stuart, auteur de Waste (le gaspillage): Découvrir le scandale alimentaire mondial et fondateur de  Feeding the  5000, avait auparavant rencontré plusieurs agriculteurs à travers le Kenya pour recueillir 1600 kilos de fruits et légumes  "indésirables" pour les besoin du  repas  organisé pour les VIP, parmi lesquels le secrétaire permanent du Kenya pour l'environnement, M. Ali Mohamed.

«Le gaspillage de ces « vilains »  légumes  parfaitement comestibles est endémique dans nos systèmes de production alimentaire et symbolise notre négligence», affirme M. Stuart, qui a sensibilisé  pour réduire le gaspillage alimentaire. Une partie de la nourriture qu’il a recueillie a également été offerte aux organismes de bienfaisance locaux tels que l’école Msedo dans  le bidonville de Mathare à Nairobi.


Selon M. Siago Benoît qui dirige l'école, les élèves ne reçoivent qu’un repas par jour à l'école, mais lorsque M. Stuart a fait ce don, l'école a été en mesure de fournir une alimentation équilibrée avec deux repas dans  la journée.

Les capacités de stockage de l’école étant insuffisantes, les élèves ont été autorisés à emporter une partie de la nourriture chez eux afin de les  partager en famille.

M. Stuart  a déclaré que mises à part les répercussions sur les coûts et l'impact environnemental, le gaspillage alimentaire augmente également la pression sur un  système alimentaire mondial déjà en tension.  «C'est un scandale qu’autant de nourriture  soit gaspillée dans un pays où des millions de personnes souffrent de la faim, nous avons rencontré un producteur travaillant avec un supermarché anglais obligé de  jeter jusqu'à 40 tonnes de légumes chaque semaine, soit 40 pour cent de ce qu'il produit », affirme M. Stuart.


Utiliser les restes. Plutôt que de  jeter les produits refusés, les agriculteurs ont appris à utiliser les «restes» pour nourrir les porcs, les  vaches et  les autres animaux domestiques, qui sont une source de subsistance et qui produisent aussi de la viande ou du lait qui complètent les régimes alimentaires de la famille.

Au cours des dernières années, la sécheresse, les faibles stocks de graines et la spéculation sur les stocks de nourriture ont été considérés  comme principaux vecteurs de la faim  dans le monde. Toutefois, l'Organisation des Nations Unies pour alimentation et l'agriculture (FAO) indique que le gaspillage alimentaire pourrait aggraver la situation dans les prochaines décennies si rien n’est fait.


Selon le PNUE, la perte et le gaspillage alimentaires se réfèrent à la diminution  de la valeur nutritionnelle et de masse des aliments destinés à la consommation humaine. Ce processus s’opère tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Selon une étude récente de la FAO, environ un tiers de tous les aliments produits dans le monde est perdu ou gaspillé dans les stades de production ou de consommation, cela représente un montant de 1,3 milliards de tonnes par an. Le PNUE et la FAO estiment les coûts  à  1 billion de dollars.  

Le rapport indique que les distributeurs et les consommateurs rejettent environ 300 millions de tonnes d’aliments propres à la consommation, environ la moitié de la totalité  des aliments rejetés dans les pays industrialisés. Cela représente plus de la totalité de la production alimentaire nette de l'Afrique sub-saharienne et serait suffisante pour nourrir les 900 millions de personnes estimées souffrir de la faim dans le monde entier. Environ 239 millions d'euros de la population affamée se trouve en Afrique sub-saharienne.


«Gaspiller la nourriture n'a pas de sens – d’un point de vue économique, environnemental, selon  Achim Steiner,  Directeur exécutif du PNUE, plus tôt cette année. «Pour parvenir à la vision d'un monde véritablement durable, nous avons besoin de transformer notre façon de consommer et de produire  des ressources naturelles. »


Cependant, la nourriture ne se perd pas seulement dans le processus de production ou dans la chaîne d'approvisionnement, les consommateurs contribuent également à la hausse  de la faim et de l'insécurité alimentaire en raison de conditions de stockage inadequat. Nombreux sont les moments où ils jettent de  la  nourriture comestible.

Selon le site web  Pensez. Mangez. Préservez. Dites Non au gaspillage alimentaire, des actions simple entreprises par les consommateurs et les distributeurs  alimentaires peuvent réduire considérablement la quantité de nourriture perdue ou gaspillée chaque année. La campagne invite les consommateurs à éviter les achats impulsifs de nourriture , consommer la nourriture qui est déjà dans le réfrigérateur avant d'en acheter davantage, garder des produits frais dans le  congélateur, cuisiner et manger ce que l'on achète en premier, faire preuve de créativité avec des restes  comme par exemple utiliser les restes de poulet pou enr faire des sandwichs et donner  de la nourriture non périssable aux maisons ou abris pour  enfants.


Alors que les experts reitèrent  leurs appels pour augmenter la production afin d' enrayer la faim au Kenya et dans d'autres pays en développement, le World Hunger Education Service (service d’éducation de la faim dans le monde)  indique que le monde produit suffisamment de nourriture pour tout le monde. Leurs données indiquent que l'agriculture produit à elle seule environ 17 pour cent de calories supplémentaires par personne aujourd'hui en comparaison à 30 ans auparavant,  malgré une croissance de 70 pour cent de la population mondiale.

Le programme du PNUE Indigenous Food exhorte également les familles en Afrique à utiliser les méthodes indigènes de conservation des aliments. Par exemple, au Nigeria, le garri, qui est produit à partir de tubercules de manioc est épluché, lavé puis râpé ou pilé. Il est ensuite fermenté et torréfié pour le stockage à long terme.


Dans l'ouest du Kenya, le maïs est séché puis stocké en utilisant  des cendres afin d’éliminer les charançons et les aflatoxines. Ces méthodes sont particulièrement efficaces dans les zones sans approvisionnement constant en électricité ou ayant un apport élevé de nourriture qui nécessite d' être préservée.

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